La quête de Shangri-La qui m’a emmené en Chine et au Pakistan

shangri la skardu
Une quête comme je les aime. Un bouquin des années 30 et une cité asiatique légendaire que je suis allé découvrir en Chine et au Pakistan.
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Dans l’imaginaire des voyageurs, il y a certains noms de légende qui font instantanément voyager. Shangri-La est de ceux-là. Je ne me souviens plus très bien la première fois que j’ai entendu ce nom. Passionné par l’Asie, ce nom ne pouvait avoir qu’une forte résonance en moi. Shangri-La, c’est un mythe, le mythe de la cité asiatique, perdue dans l’Himalaya, isolée dans un havre de paix.

A travers mes voyages, j’ai eu la chance de visiter deux des cités qui s’en approchent le plus et qui se revendiquent de ce nom magique. La première fois, c’est dans le Yunnan, cette province du sud de la Chine, qui se termine aux portes du Tibet. Je me rappelle de la neige qui tombait, des yaks et de cette magnifique lamaserie.

La deuxième fois, c’était de l’autre côté de l’Himalaya, au Pakistan, dans la vallée de la Hunza. Il faisait beau, les eaux étaient turquoises et j’ai fait une bien jolie rencontre…

Je vous emmène donc avec moi, dans cet article, dans mes deux voyages à Shangri-La, à 10 ans d’intervalles, dans deux pays très différents et qui se réclament pourtant d’un certain imaginaire du voyage.

Aux origines de Shangri-La

Un roman : Lost Horizon

james hilton lost horizonsC’est James Hilton, romancier anglais, qui est à l’origine du mythe de Shangri-La. Dans son roman Lost Horizon de 1933, il raconte l’histoire de rescapés d’un accident d’avion qui réussissent à rejoindre une lamaserie utopique au confins du Tibet, Shangri-La. Un lieu hors du temps, paisible, à la nature généreuse et esthétique.

Ce roman est le point de départ de nombreux rêves de voyage chez les occidentaux : on se met en quête de cette cité idéale, symbole d’une Asie source d’épanouissement, de tranquillité.

James Hilton est à l’origine d’un certain engouement pour le Tibet en général, engouement repris 30 ans plus tard par un auteur de BD, Hergé. Un accident d’avion, le Tibet… ça ne vous rappelle rien ? Moi j’ai tout de suite pensé à Tintin au Tibet, qui à sa manière incite aussi à la découverte de cette région tibétaine.

Les inspirations de James Hilton

Mais comment est née Shangri-La dans le cerveau du romancier ? Il existe plusieurs hypothèses.

On peut tout d’abord penser que le mythe de Shambhala a influencé le romancier. Introduit en occident au XIXème siècle, cette légende bouddhiste nous parle d’une terre pure, qu’on ne peut pas situer sur une carte. Seuls y ont accès ceux qui ont acquis le karma convenable.

Les explorateurs américains Ted Vaill et Peter Klika affirment eux que c’est le monastère de Muli au sud du Sichuan qui est à l’origine de Shangri-La. Tout en l’ayant visité, ils expliquent que le romancier aurait pu découvrir ce monastère dans les récits de l’explorateur américano-autrichien Joesph Rock dans la revue National Geographic à la fin des années 20.

Enfin, d’autres affirment que James Hilton s’est fortement inspiré de son passage dans la vallée de la Hunza au nord du Pakistan. Une vallée magique, comme j’ai pu le découvrir pendant mon voyage là-bas (lire : A la rencontre des immortels de la Hunza) : une vallée verdoyante irriguée des neiges éternelles des montagnes à 8 000m qui l’entourent. Face à l’absence manifeste de maladies chez ces habitants, et à leur grand âge, on a surnommé cette vallée, la vallée des immortels. James aurait pu s’en inspirer pour sa Shangri-La.

Avec toutes ces inspirations, le mystère reste entier, si bien qu’il existe plusieurs « Shangri-La » dans cette grande région indo-chinoise. Mais deux sortent du lot : la Shangri-La chinoise, dans le nord du Yunnan, Zhongdian et l’autre dans le nord du Pakistan, au Gilgit-Baltistan. J’ai eu la chance de visiter les deux. Je vous emmène ?

Zhongdian, la Shangri-La chinoise

lamaserie de SongzanlinUn naming touristique

Les chinois n’y sont pas allés par quatre chemins. En 2001, ils décident pour pousser le développement touristique de la région, de renommer la cité de Zhongdian, Shangri-La. Voilà. Du coup question origine historique, on prend un petit coup.

Mais au-delà de ce naming autoritaire, je me suis aperçu sur place que Zhongdian pouvait peut-être mériter sa propre légende.

L’étape finale de 3 semaines de voyage au Yunnan

C’était l’étape finale de mon voyage au Yunnan (lire aussi : mon voyage au Yunnan, ou la quête de Shangri-La). Un magnifique voyage en sac à dos, à l’extrême sud de la Chine, de Kunming à Zhongdian, en passant par Jinghong et Dali.

Après 3 semaines de voyage en sac à dos, nous sommes arrivés fatigués dans cette cité. Et la découverte de Zhongdian allait nous achever un peu plus.

Zhongdian n’avait à première vue pas grand chose avec un havre de paix bouddhiste. De petits immeubles de bureau assez moches, une ceinture d’habitations en béton mal finies entourait le centre historique. Notre hôtel par exemple était dans un building sans âme.

Notre première impression de Shangri-La était bien grise.

Zhongdian shangri la

Mais comme dans tous les romans ou tous les films, il ne faut jamais se fier aux apparences.

Bien décidés à ne pas se laisser déprimer, nous décidions d’aller découvrir la vieille ville à 20 minutes de marche de notre hôtel.

La neige saluait notre effort : de lourds flocons de neige fêtaient notre entrée dans la veille ville. L’enchantement commençait.

Zhongdian shangri la

Et là nous n’étions plus tout à fait en Chine. Rien à voir avec les précédentes villes que nous venions de visiter, Dali ou Lijiang.

Zhongdian méritait largement son surnom de porte du Tibet. Et peut-être bien son nom de Shangri-La.

A chaque coin de rue, nous étions curieux de découvrir les maisons de bois, les panneaux peints : nous avions sous les yeux une architecture vieille de plus de 1300 ans. L’époque de Charles Martel et de Pépin le Bref en France.

Zhongdian shangri la
Les joues rouges du petit garçon au milieu font office de thermomètre : on caille !

Le plus haut moulin à prières tibétain domine de ses 21 m et de sa couleur dorée la place centrale. Malgré le froid, nous aimons cette balade dans un monde tibétain que nous découvrons.

Zhongdian shangri la

Nous finissons par capituler devant les températures négatives et trouvons refuge dans une belle auberge en bois. Nous partageons un dîner copieux, typiquement tibétain : fromage de lait de Yak, brioche fourrée au porc, viande séchée.

Zhongdian shangri la
Sur la droite Ka mon compère de voyage et à gauche un backpacker japonais

Un peu trop copieux à vrai dire, la nuit n’ayant pas été de tout repos…

La lamaserie de Songzanlin

Mais la vraie rencontre a lieu le lendemain. Direction le plus grand monastère tibétain (lamaserie) du Yunnan à quelques kilomètres de la ville : Songzanlin.

lamaserie de Songzanlin

Quand on arrive, on est saisi par la grandeur des lieux. Et pour cause, cette lamaserie est quasi la copie du palais de Potola à Llassa, ancienne résidence du Dalaï Lama au Tibet.

lamaserie de Songzanlin

La sérénité du lieu est immense. On se balade respectueusement dans les allées du monastère. On monte des escaliers. On tombe sur des salles de prières vides, baignées par la lumière. On croise de jeunes moines qui font parti des 600 étudiants de la lamaserie. On pousse quelques moulins à prière en pensant à ses proches.

lamaserie de Songzanlin lamaserie de Songzanlin

lamaserie de Songzanlin

Si Zhongdian n’est pas la Shangri-La de James Hilton, elle vaut le voyage, avec ou sans roman.

lamaserie de Songzanlin lamaserie de Songzanlin lamaserie de Songzanlin lamaserie de Songzanlin lamaserie de Songzanlin lamaserie de Songzanlin

Maintenant je vous emmène avec moi dans l’autre Shangri-La, au nord est de Zhongdian, de l’autre côté du Népal, au Pakistan.

La vallée de la Hunza, l’inspiration pakistanaise de Shangri-La

Cela peut paraître un peu bizarre que le romancier anglais puisse s’être inspiré d’une région pakistanaise pour sa cité asiatique mythique. Mais quand on y va, on comprend tout de suite.

La vallée des immortels

Toute la région du Gilgit-Baltistan est très différente du reste du Pakistan. La région est très autonome administrativement et la population est elle aussi très différente du reste du pays. Leurs yeux sont par exemple très clairs : la légende dit que ce sont les descendants des métisses nés des mariages des soldats de l’armée d’Alexandre le Grand avec les populations locales.

vallée de la Hunza Gilgit Baltistan

La vallée de la Hunza au sein de cette région du nord du Pakistan est particulièrement magique. J’ai été subjugué par les paysages variés que j’avais sous les yeux : des rivières, des lacs, des collines verdoyantes, des monts à plus de 8000 m d’altitude… on prend une grosse claque à vrai dire.

Mais ce n’est pas seulement la beauté des lieux qui aurait pu influencer notre auteur. C’est aussi sa pureté. Une nature presque vierge et généreuse avec ses fruits et ses légumes, des eaux pures venant de glaciers… et une population qui ne parait jamais malade et qui parait vivre vieux. Les fameux immortels.

Mont Rakaposhi Gilgit Baltistan Pakistan

On imagine volontiers un romancier anglais dans les années 30 fasciné par ces lieux et cette population. D’autant plus fasciné que le docteur Robert McCarrisson tente à la même époque une vague approche scientifique pour démontrer les bienfaits « magiques » de cette vallée.

La station Shangrila dans la vallée de Skardu

Mais ce n’est pas tout à fait dans la vallée de la Hunza que j’ai retrouvé une trace concrète de Shangrila mais pas loin. Dans une vallée voisine, toujours au Gilgit-Baltistan, la vallée de Skardu. Oui Michel Skardu.

Route du Karakorum

Alors quand je dis pas loin c’est à vol d’oiseau. Il y a bien une autoroute qui relie les deux vallées. La Karakoram Highway ou en français la route du Karakorum. Construite pendant les années 70 par l’armée pakistanaise et l’armée chinoise, cette route traverse donc le massif montagneux du Karakorum.

Route du Karakorum  Route du Karakorum

Et si normalement highway se traduit par autoroute, je peux vous dire qu’ici, on parle de piste.

Une piste en permanence à flanc de montagne, où bien souvent deux véhicules ne peuvent pas se croiser, où les rochers parfois obstruent la piste… si vous la prenez en mini bus et que vous êtes un peu sensible, je vous conseille d’éviter la fenêtre côté falaise, vous ne pourrez pas tenir.

Route du Karakorum

Route du Karakorum

Il nous aura fallu 8 heures de piste pour arriver enfin à Skardu, et à 20 minutes de cette bourgade à Shangrila.

Comme pour mon arrivée à Zhongdian, je suis arrivé crevé. A croire qu’on arrive forcément à Shangri-La à bout de souffle.

Route du Karakorum

Le Shangrila du Pakistan n’est finalement qu’un resort. Un nom donné à cet hôtel en mémoire du passage du romancier dans le coin.

Le resort est situé sur les rives du lac Kachura. Pour coller un peu plus à au nom de Shangri-La, les promoteurs du complexe sorti de terre en 1983 ont donné un look asiatique aux différents petits chalets qui composent le resort.

shangri la skardu

Inutile de s’attarder sur la qualité de l’hôtel… non l’important n’est pas dans l’hôtel mais dans la magie du lieu. Le lac est magnifique et la nature autour semble paradisiaque. Sereine.

lac kachura shangri la lac kachura shangri la

Le petit clin d’oeil, c’est la présence de cette carcasse de DC3 qui s’est écrasé dans la région dans les années 50.

avion dc3 kachura shangri la

Un avion qui s’écrase ça ne vous rappelle rien ? Je ne sais pas si le clin d’oeil à Lost Horizon est volontaire mais ce qu’il est amusant aussi de remarquer, c’est que dans Tintin au Tibet, c’est aussi un DC3 qui s’écrase dans les montagnes tibétaines.

Le DC3 est devenu un coffeshop insolite qui trône sur les rives du lac.

shangri la kachura
Mon camarde de voyage Emeric et bibi

Mais une rencontre m’attend, et pas celle que j’avais prévu.

Le lac et le village de Kachura

Mais le voyage du Shangrila pakistanais n’était pas fini. Comme souvent, il fallait pousser un peu plus loin. Un peu plus loin que le resort qu’on veut bien nous vendre.
Figurez vous que le lac de Kachura se divise en un lac inférieur et un lac supérieur. L’inférieur, nous y étions devant avec notre hôtel.

Nous allions dénicher le supérieur.

Et le lac supérieur de Kachura se trouve, avec son petit village, à une dizaine de kilomètres de notre resort.

Le village est totalement pittoresque. De petites maisons bordent la route goudronnée. La laine sur le bas des arbres trahit la présence de chèvres qui s’attaquent volontiers à l’écorce des arbres les plus fragiles.

village kachura pakistan

Il est 11h30 c’est l’heure de la sortie de l’école. Quelques bambins en uniforme bleu traversent le village.

Et puis un petit bohomme d’à peine 7 ans décide de marcher à côté de moi.

village kachura pakistan

Sans sourire, ni parole, il marche juste à côté de moi. J’essaye de lui parler, de lui demander son prénom, de lui sourire… mais rien. Il veut juste marcher à côté de moi. Juste nous deux.

Je continue alors mon chemin, accompagné de mon nouveau copain. Nous marchons comme ça, côte à côté bien 20 minutes. Je ne saurais jamais vraiment pourquoi il a fait ça, mais nous avons partagé un bout de route ensemble. Et c’était déjà chouette.

Jusqu’au lac supérieur.

Qui a de quoi faire tourner la tête d’une James Hilton. Des couleurs magnifiques colorent le lac comme aucun filtre Instagram ne pourra jamais le faire. Des centaines de vert, de bleue, d’orange, de jaune se perdent dans ce petit lac. Un peu plus et on pourrait croire que ce lac est une réserve de potion magique pour immortels de la Hunza.

lac kachura  lac kachura

Le lieu est d’une extrême quiétude et d’une beauté mémorable.

lac kachura

Une beauté mortelle. Nous nous étonnons du panneau « baignade interdite ». L’eau est elle polluée ? Non, le guide nous explique que la plupart des villageois ne savent pas nager. Avec la télévision, ils ont l’impression que c’est facile, voir inné. 6 mois plus tôt, une famille s’est baignée sans savoir nager. Les parents et leurs enfants ne sont jamais ressortis du lac. Triste anecdote pour clôturer mon voyage au Shangrila pakistanais.

vallée de skardu

Après avoir parcouru des milliers de kilomètres et découvert deux Shangri-La, ma conviction est que Shangri-La n’existe pas.

C’est une mosaïque d’émotions, d’images, de rencontres  d’un homme, James Hilton, qu’il a résumé en un nom, en une cité mythique, une cité asiatique idéale fantasmée par des occidentaux curieux de découvrir ces lointaines contrées, encore assez peu connues du grand public dans les années 30 mais qui font rêver.

Et je compte bien faire comme James : aller encore chercher des bouts de Shangri-La dans mes prochains voyages en Asie. Car c’est certain, l’Asie, j’y retournerais.

Toutes les photos de l’article : JF Fasquel pour Voyage Insolite.

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Vraiment bien écrit par
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